Mon séjour en Algérie – région d’Orléansville – à Paul Robert 1/18ème RA
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Première page de mon séjour en Algérie
Le 16 septembre, nous partons de Montpellier pour rejoindre Marseille. En arrivant à la gare Saint Charles
une vue de l’immense escalier qui permet d’accéder à l’entrée de la gare nous sommes accueillis par un comité de réception. Dans le hall de cette gare le bruit est si intense qu’il me vient à l’esprit les paroles du refrain d’une chanson de Colette Renard qui a pour titre « Tais-toi Marseille » Allez, pendant qu’il est encore temps, faisons-nous plaisir <<Marseille, tais-toi Marseille – Tu cries trop fort – Je n’entends pas claquer – Les voiles dans le Port>>. Revenons à notre Comité de réception, ils ont sans doute peur de nous voir barrer. C’est le verbe qui était le plus couramment employé. Ex: « Je me barre en perme ».
Les militaires présents ont forcément reçu des ordres. Ils ont la tenue règlementaire, casque, guêtres et PM aux poings, ils nous demandent de les suivre. Devant la gare, au bas des escaliers, les camions sont garés en ligne et n’attendent que nous.
Nous embarquons à l’arrièrre sur les banquettes non rembourrées, nous les appelons « tape- culs », et nous sommes dirigés vers Sainte Marthe.
Sainte Marthe, le parc détesté par tous
Le coin me déplait énormément, il faut que je trouve le moyen de m’évader. Tranquillement je fais une petite inspection des lieux et dès que j’aperçois la faille, je m’engouffre à l’intérieur et quelques secondes plus tard, je tends le bras aux premières voitures qui vont dans ma direction.
A l’époque, on ne laissait pas un militaire sur la route. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, j’avais pris place à l’avant d’une 203. Je voudrais bien aujourd’hui revoir ce Monsieur si gentil qui se détourna de son itinéraire pour me conduire sur la route de Salon de Provence.
J’ai dû encore patienter cinq minutes avant qu’un deuxième conducteur ne me prenne dans sa superbe 2 CV. Une longue discussion s’engagea entre nous au sujet de l’Algérie. Il paraissait très informé de la politique du moment. Dans ces conditions le temps passe très vite et sans trop nous en rendre compte, nous sommes arrivés à Arles, la ville où il réside. Je commençais à le remercier, quand, tout à coup, il me dit :<
A cette époque, le périphérique n’existait pas à Nîmes, il me déposa devant la gare SNCF. Pour moi, rallier la maison de mes parents était une simple formalité.
A mon arrivée, j’ai vu ma mère pleurer de joie. Elle me serra très fort dans ses bras et dans un sanglot qu’elle ne pouvait contenir elle me dit <
Le 17 septembre, en début d’après midi, je reprends la direction de la route d’Arles en quête d’âmes sensibles. Comme la veille, j’ai eu beaucoup de chance.
Je suis arrivé tout juste une heure avant que l’on reparte dans ces camions minables pour rallier le port. Colette Renard, encore elle, cette chanson, je le constate aujourd’hui, m’a profondément marqué. Pourquoi….. je l’ignore vraiment. Voilà un couplet, peut-être est-il approprié à ce port <<Je vais voir les agences – Les noms des bateaux en partance – C’est fou, je connais leurs chemins – Mieux que les lignes de ma main – Adieu les amours en gondole – Les nuits de Chine, les acropoles – La terre de France à mes souliers – C’est comme des fers bien verrouillés – Je vends mon histoire aux touristes – On fait des sous quand on est triste – Les escudos et les dollars – Rien de meilleur pour le cafard – Pourtant j’ai toujours dans ma poche – Un vieux billet qui s’effiloche – C’est tout mon rêve abandonné – Je n’ose pas le déchirer>>.
quelques vues du port de Marseille
C’est sur le « Ville d’Alger »
que nous avons embarqués. Un bien beau bateau qui ne me laisse que de mauvais souvenirs. Je vous raconterai pourquoi plus tard mais je ne peux passer sous silence Serge Lama qui chante cette belle chanson »L’Algérie ». Elle est tellement vraie.
Dans ce port nous étions des milliers de garçons
Nous n’avions pas le coeur à chanter des chansons
L’aurore était légère, il faisait presque beau
C’était la première fois que je prenais le bateau
L’Algérie
C’était une aventure
Dont on ne voulait pas
L’Algérie
C’est là qu’on est parti jouer les p’tits soldats
Ce n’était pas un port à faire du mélo
Et pourtant je vous jure que j’avais le coeur gros
Quand ils ont vu le quai s’éloigner, s’éloigner
Y en a qui n’ont pas pu s’empêcher de pleurer
Un port ce n’est qu’un port, mais dans mes souvenirs
Certains soirs malgré moi je me vois revenir
Sur le pont délavé de ce bateau prison
Quand Alger m’a souri au bout de l’horizon
Venons maintenant à mes « mauvais » souvenirs. La traversée…… pas vraiment une partie de plaisir, je vous l’assure et je vais de ce pas « faire court ». Nous sommes tous entassés sur le pont mais je m’aperçois bien vite qu’il y a du mouvement vers l’avant. Ce sont les marins qui louent leurs cabines pour la nuit à ceux qui ont quatre sous pour payer. Bravo à l’armée française. Après Sainte Marthe, nous voilà à nouveau parqués comme des bestiaux.
La France est pauvre pour ne pas pouvoir donner à ses militaires un petit coin pour dormir. Heureusement, il y a parmi nous des soldats qui ont pris dans leur sac leurs postes radio qui fonctionnent avec des transistors. Ce soir là, « Milord », « Petite fleur » et comme un fait exprès, « Ne me quitte pas », j’y vais de ma larmette. Vous racontez la suite de notre nuit en mer, ce que nous avons vécu sur ce bateau, ne me semble pas être une très bonne idée, laissons cela aux mauvais souvenirs.
J’ai appris tout à fait par hasard, très longtemps après ma libération, que le « Ville d’Alger » avait disparu de la circulation en 1969. Peut-être avait-il été victime de sa vieillesse.
Les côtes de notre Algérie française
(à ce moment là, elle l’était encore …. mais pour combien de temps) nous sont apparues vers 6 heures le 18 septembre. Nous ne pouvions pas encore distinguer Alger mais nous approchions de cette terre inconnue pour la plupart d’entre nous. Au loin, les montagnes auxquelles je ne sais donner de couleur tellement les nuages font obstacle. Est-ce là que nous devons aller ? Pour nous faire patienter on nous sert un repas sur un tout petit plateau. Repas, vous avez dit repas, je me renseigne, oui c’est bien d’un repas qu’il s’agit puisque c’est l’annonce que l’on venait de nous faire. C’est en fin de matinée que nous accostons. Nous sommes tous débarqués et déposés sur le quai. Je crois me souvenir avoir lu une épigraphe du genre « Voilà la France » ou « Ici vous êtes en France » ou quelque chose de ressemblant. Quel accueil ! Cette parenthèse refermée, nous avons finalement apprécié notre débarquement à Alger.
Le port dans les années 50
Une autre vue du port
Sortie du port
Le Centre de détente
Le jardin des plantes
Et enfin, une magnifique vue de la baie d’Alger
La tristesse aurait pu nous envahir, eh bien non.
Cela s’explique-t-il ? Sitôt débarqués, sitôt embarqués et cette fois en gare d’Alger.
un petit aperçu de cette gare immense Nous empruntons un train qui va nous conduire à Orléansville.
Je vous l’assure mais vous l’avez probablement compris, nous n’avons pas pris place à bord d’un TGV. Avec un arrêt à chaque gare, le temps nous paru interminable. Par moment, nous avions l’impression que nous n’arriverions jamais. Puis, un ralentissement, l’arrivée du train est annoncée, nous sommes enfin à Orléansville.
Quand le train entra en gare d’Orléansville,
la gare d’Orléansville nous nous sommes regardés et d’un seul cri, tous exclamés <
Mais, mais, mais….. nous n’étions pas au bout de nos peines. La suite du trajet devait se faire à nouveau à bord de camions militaires. 60 kilomètres séparaient Orléansville de Paul Robert mais faut-il le préciser, les nationales, et les départementales, n’existaient pas dans cette région d’Algérie. Cramponnez-vous, nous démarrons. La traversée de la ville
se passe sans embûche mais dès que nous empruntons les petites routes non bitumées, c’est le drame. On ne savait plus où mettre les mains pour se tenir assis sur notre siège (un petit banc de bois non rembourré). Nous avons mis plus de deux heures pour faire ce petit déplacement. Quelle horreur !
Et voici Paul Robert
l’ancien Maire d’Orléansville qui a donné son nom à ce petit village perdu. Á première vue, cela paraît tout petit. Le village est fondé en 1911. Il doit son nom à l’ancien Maire d’Orléansville – Paul Robert – tué à Alger en 1910 lors d’un duel. Commune créée par arrêté du 04 décembre 1956.
vue aérienne du village
rue principale du village
vue des alentours du village, un aperçu des vignes qui produisent le très bon vin de Paul Robert 
vue sur le BERBERA altitude 609 m. On distingue le départ de la route de Rabelais
Ce lieu tant attendu nous laisse rêveurs, pensifs, soucieux.
A la descente des camions, un Maréchal des Logis Chef nous accueille. Il nous rassemble devant une immense cave coopérative.
qu’en pensez-vous?
La même mais c’était en 1942. Vous avez remarquez l’évolution. Il nous apprend que le vin de Paul Robert a sa réputation dans le monde vinicole.
après la cave, voici la bouteille bien gardée par Minouche
Le Maréchal des Logis Chef sort de sa poche une feuille et commence l’appel. Des brigadiers chefs venus en renfort nous récupèrent en fonction de notre affectation. Je me retrouve tout naturellement avec les transmissions. Dès que nous sommes au complet, nous partons, devinez où, vers le fourrier, mais c’est bien sûr. Cette fois, nous ne sommes pas vraiment surpris du déguisement. Le carnaval, nous connaissons, nous avons déjà vécu cela à Montpellier. Montpellier, mais pourquoi n’y avais-je pas pensé plus tôt. Je me surprends à ne pas me comprendre. Comment ai-je pu arriver jusque là sans avoir une seule pensée, pour Montpellier, pour Nîmes, pour ma famille, pour ma fiancée. J’étais à des milliers de kilomètres de tout ce qui m’était cher et c’est seulement maintenant que je m’en rendais compte. J’ai subitement peur mais je ne sais pas au juste de quoi. Un froid me passe dans le dos et mes pensées vont vers la France. <
Je pense que vous serez d’accord avec moi. Elle est quand même belle ma nouvelle tenue d’été du 1/18 ème RA. C’est pas vraiment carnaval, n’est-ce pas ?
J’allais oublié de vous donner une petite information qui a toute son importance. Ici, à Paul Robert, on circule librement dans les rues pour se déplacer d’un endroit vers un autre. La caserne et ses murs, c’est du passé. Il en est de même des « garde à vous », des saluts militaires, main au calot, des vouvoiements. Il faut oublier tout cela. Nous sommes tous en liberté. D’ailleurs, où irions-nous ? Où pourrions-nous aller ?Nous arpentons les rues de ce minuscule village pour aller chez l’armurier. Ma dotation me fait sourire et m’énerve en même temps. Je viens de recevoir en tout et pour tout, une ceinture, une sacoche, et un PA (c’est un pistolet automatique). Je me vois mal faire face à l’ennemi avec un petit PA. Le brigadier qui comprend mon inquiétude, essaie de me mettre en situation pour que je comprenne mieux. Les radiophonistes, lorsqu’ils partent en «opé» avec la section « commando », ont pour mission de suivre l’autorité, un adjudant chef, un sous lieutenant parfois un aspirant. Leur rôle est de recevoir et de transmettre des messages au Poste de Commandement. Tu auras donc sur le dos le SCR 30,
me voilà équipé de mon poste il pèse 17,500 kg, tu comprendras alors que moins l’arme est lourde et encombrante, mieux c’est.
Il nous conduit vers ce qui va être notre prochaine chambre d’hôtel. En fait, nous allons loger dans une ancienne écurie.
ici, l’entrée de notre chambre qui était aussi notre réfectoire. Ce charmant logis a juste été un peu restauré pour accueillir les soldats que nous sommes. Mais nous avons tout le confort devant notre porte. Une cour pour se détendre,
Avec mon ami Rousseau, que nous surnommions Jean-Jacques, nous sommes ici en train d’échanger quelques balles un étendoir, une douche fabrication maison et un WC, il s’agit d’un héritage que nous ont laissé les anciens.
Au fond de la cour, notre douche. Remarquez tout au dessus, le grand bidon que nous devions alimenter en eau.
Les anciens, tiens, parlons-en. Ceux qui sont dans la chambre et qui nous accueillent (les absents sont de permanence ou en «opé») nous mettent tout de suite à l’aise en nous précisant qu’ici, il n’y a pas de bleus et pas d’anciens. On est tous là pour la même cause. La hiérarchie, elle est restée en France. Cela ne me surprend pas vraiment car j’avais déjà remarqué, adieu tout le tralala militaire.
Nous nous installons et prenons place sur les lits restés vides et nous faisons un petit rangement sommaire dans les placards fait avec des caisses à légumes ou à fruits qui nous sont affectés.
Puis nous engageons la discussion sur notre trajet. Nous avons eu la mauvaise idée de nous plaindre de la route. Et voilà que les anciens nous balancent alors au visage, <
Le lendemain matin, je crois me souvenir que c’était le 19 septembre, l’Adjudant Chef responsable des transmissions vient nous chercher vers 10 heures, ici, pas d’affolement. Volontairement on nous avait laissé reposer.
Ensemble nous sortons de la petite cour et nous nous retrouvons dans la rue principale, face à la belle cave coopérative. Deux fois à gauche et nous remontons une rue au sommet de laquelle nous apercevons une grande bâtisse. C’est la maison Tourrenc.
Il faut faire abstraction du monument aux morts. Remarquez plutôt la rue pentue que j’évoque et la grande façade blanche. L’adjudant chef nous explique qu’il s’agit du PC c’est à dire le Poste de Commandement qui se trouve au premier étage. Et il ajoute pour être complet, <
Nous arrivons à l’angle de ce bâtiment et nous longeons la façade jusqu’à l’entrée du PC.
Représentée ici par cette photo. Si la sentinelle en faction se reconnaît, svp, un petit signe. Derrière l’Adjudant Chef, nous franchissons le portillon de l’entrée du PC, nous empruntons une petite allée parsemée de quelques plantes grasses et nous croisons au passage l’escalier qui donne accès au bureau du Commandant
c’est avec une belle aisance que mon ami Ferracci Etienne prend la pose puis, nous descendons une dizaine de marches pentues et nous voilà dans la cour PC et des TRANS. L’Adjudant Chef nous présente les lieux. Au premier étage, le bureau du Commandant, comme je vous le précisais il y a quelques minutes et les bureaux des secrétaires et de la cartographie. Au dessus, la terrasse sur laquelle se trouve le poste des radiophonistes. C’est une échelle qui nous permettait d’y accéder.
Le poste des phonistes (la tour) que vous voyez ici domine le village, nous l’avions baptisé, le poulailler. Nous y prenions nos permanences de jour comme de nuit et nous étions toujours exposés au tir de l’ennemi. D’ailleurs, une nuit nous avons eu une sacrée peur car nous avons essuyé des tirs de FM.
Nous finissons la visite par les locaux qui se trouvent dans la cour. Le bureau de l’Adjudant Chef des transmissions, le poste des graphistes et le local des chiffreurs régulateurs.
Voilà le poste des graphistes avec mon ami Rousseau Roger, si tu te reconnais…
et ici le local des chiffres avec au premier plan, mon ami Gatty qui travaillait avec moi après le départ de Le Clanche Joseph.
Permettez-moi de compléter cette présentation par une petite explication nécessaire à ceux qui n’auraient pas connaissance des diverses fonctions au service des transmissions.
Le graphiste est celui qui est chargé de recevoir et d’envoyer les messages codés ou non en morse. On parle de l’alphabet morse ou de code morse (code télégraphique) du nom de son inventeur Samuel Morse 1791 – 1872. Le graphiste transmet un texte à l’aide de séries d’impulsions courtes et longues ce qui se traduit par un point ou un trait. La connaissance de l’alphabet morse permet ensuite de décoder les messages.
Par exemple: A = • - point, trait: B = - • • • trait, 3 points…..
Le radiophoniste, on l’appelle plus couramment, le phoniste ou le radio (radiophoniste est un mot qui n’est pas dans le dictionnaire et qui ne se traduit pas) il est chargé, comme le graphiste, de transmettre et de recevoir des messages. Lui n’a pas d’appareil pour envoyer des impulsions, il n’utilise que sa voix au moyen d’un simple micro branché à un poste.
Le chiffreur-régulateur a un rôle un peu particulier en ce sens que son travail n’est connu que de lui seul. Sa fonction lui oblige le secret. Il code les messages de l’autorité avant de les remettre au graphiste qui va les envoyer à son destinataire. De même qu’il décode les messages que le graphiste vient de recevoir avant de les remettre à l’autorité compétente. Vous n’en saurez pas davantage.
Bon, maintenant, au travail. Nous montons sur la terrasse, à la tour des phonistes
Au 1er plan, le support de la binoculaire – Au 2ème plan, l’échelle, – Au 3ème plan, la tour radio Je vous présente l’ancien, Borel Hubert
il est à l’arrière plan. Au dessous, Rousseau va nous donner notre première leçon. Nous apprenons que pour communiquer avec les Batteries qui dépendent du PC de Paul Robert, nous devrons prendre un pseudo. Borel nous explique comment réaliser cette petite exigence. Il faut tout simplement prendre trois lettres de notre nom. La première, celle du milieu et la dernière. Mon nom DUMAS, mes lettre DMS. Avec l’alphabet militaire cela donne DELTA – MIKE – SIERRA.
Allo, ici Delta, Mike, Sierra, j’écoute. Mais c’est bien sûr, je n’avais pas encore compris, à vrai dire, je n’avais pas réfléchi à cela, c’est pourtant simple, facile, et efficace, il fallait y penser. Voyons, voyons…. Comment auriez vous fait sans cela. Allô, ici Dumas et tout de suite l’ennemi vous reconnaît. Faut pas plaisanter tout de même, ici c’est l’armée, c’est la guerre, il faut rester incognito. A Montpellier, j’avais un numéro, ici j’ai trois lettres. C’est ainsi, à l’armée on change d’identité lorsque l’occasion se présente.
Il est 13h30 lorsque nous sortons avec Borel de cette tour,
Ici, à l’angle de la tour des radiophonistes on aperçoit le clakson d’alarme. Ballandra vient d’arriver pour prendre le relai. C’est la fin de notre première leçon. Il n’y en aura pas d’autres. Les plus anciens nous apprendrons tous les petits rouages des divers systèmes dans la chambre lorsque nous serons tous réunis. Bientôt, nos noms prennent place sur le tableau de permanence avec ceux de nos copains radiophonistes. Nous ne sommes pas vraiment rassurés, ils nous mettent tout de suite à l’aise. Je me souviens de ce niçois, grand, brun, il s’appelle GELB,
la petite tête au dessus c’est lui avec son air coquin. Au premier plan, Bonnet Raymond, la classe, il est de Pernes les Fontaines il devait avoir un an de plus que moi. Pour nous mettre en confiance il nous explique que nos gardes à la tour se feront toujours de jour pendant quelques semaines.
C’est à la mi septembre que nous avons commencé les gardes de nuit. Je me souviens de ma première. J’avais une trouille que je ne saurais décrire. Seul, enfermé dans ce poulailler, je ne voyais à travers la vitre qui me faisait face, que l’obscurité de la nuit
et je ne pouvais m’empêcher de penser à cette porte qui ne se verrouillait même pas. Le moindre bruit me faisait sursauter. Vers 3 heures, j’ai cru mourir de peur. Mes jambes en tremblent encore. J’entends un bruit venant de l’extérieur qui ressemble à un frottement. J’ai l’impression que quelqu’un cherche à ouvrir la porte. Je ne sais plus ce que je dois faire. Si j’appelle, je fais du bruit et je signale ma présence, il vaut mieux que j’attende. Je tends l’oreille, je n’entends plus rien, je décide d’attendre encore, je ne sais combien de temps je suis resté là dans cet état de peur. Mais il faut bien que je prenne une décision, allez, un peu de courage. J’ouvre doucement la porte, j’ai peur de prendre un coup de crosse sur la tête, je sors, j’avance sur la terrasse, j’en fais le tour, je donne un coup d’œil dans la cour, rien, rien, absolument rien. Aurais-je rêvé ? Je referme la porte et reprends place à mon poste. Il me tarde de terminer cette horrible nuit. Lorsque je vois enfin poindre le jour, c’est la joie. Dans quelques minutes la relève va me remplacer. Ouf, quelle nuit. Quintena arrive, je n’ose pas lui dire ce que j’ai vécu à 3 heures du matin, d’ailleurs, personne ne saura, j’ai un peu honte de moi. Je lui passe les consignes et vite vite je regagne ma chambre.
<
C’est bizarre, vous ne trouvez pas, maintenant que je ne suis plus là haut, je chante. Quel courage tu as mon Dédé, c’est la mamé Léa
elle pose pour moi avant mon départ pour l’Algérie qui s’exprimerait comme cela si elle avait connaissance de mon aventure nocturne. Elle, au moins, elle le connaît bien son Dédé, elle sait bien qu’il n’en manque pas de courage.
Après quelques heures d’un repos bien mérité, je vais prendre place sous la douche « plein soleil » et je m’empresse ensuite de donner quelques nouvelles à ma famille. Un tabouret pour s’asseoir, un tabouret pour écrire.
voici mon bureau.
Quoi de plus normal qu’après ce moment d’écriture j’aille vers le vaguemestre pour lui remettre mon courrier qui partira, « gratos », dès le lendemain matin vers ma famille et ma fiancée.
Ici mon lit Voilà, fini les présentations de mon hôtel, maintenant, vous connaissez tout de moi. Tiens, je vais en profiter pour faire un petit crochet afin de voir la Poste de Paul Robert et la Gendarmerie. Les copains m’ont dit que cela valait le détour
en effet, je la trouve très belle, majestueuse, mais me semble-t-il, elle se marie assez mal avec l’architecture des maisons du village.
Qu’en pensez-vous ?
Comme elle est imposante cette gendarmerie placée sur la bute du village où elle domine toute la route de Rabelais, si mes souvenirs ne me font pas défaut. Je décide de rentrer, je visiterai le village plus tard. Avouez qu’avec les 28 mois qui me sont imposés et qui me restent à faire, je trouverais bien d’autres moments pour finir cette visite.
Je ne sais si je vous ai expliqué la situation de notre 4 étoiles. Vous avez déjà vu ci-dessus la photo de la Cave Coopérative. La revoilà pour plus de compréhension prise sous un autre angle. Tournez-lui le dos, avancez et traversez la rue principale.
Cette rue est juste derrière cet arbre au premier plan. Vous êtes face à une porte qui donne accès à une toute petite cour. Entrez, sur votre droite vous pouvez apercevoir un local, c’est la chambre des mécaniciens. Eux, ils n’ont qu’un 3 étoiles. Avancez et montez les quatre marches d’un escalier fait en pierre sèche. Vous arrivez sans trop d’effort dans la cour des radiophonistes. Sur la gauche la douche et les WC dont nous avons déjà parlés, sur la droite, notre chambre. Devant la porte, deux petits bancs sur lesquels nous prenons quelques moments de détente en écoutant la radio dans le calme.
Ce poste radio m’a été offert par ma fiancée avant mon départ.
Après cette présentation sommaire des lieux, je rentre comme je viens de le décider. Je crois avoir compris avant de partir poster mes lettres que nous devions faire un petit entretien des lieux. Je ne veux pas que les copains puissent avoir une mauvaise opinion de moi. Lorsque j’arrive, ils sont déjà tous au travail, il ne manque que moi, j’ai bien fait d’abréger ma visite.
En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, les lits sont dehors, le responsable du balai arrose le sol et commence son dur labeur. Il appartient à Sieur Quintena de passer la serpillière, personne n’est autorisé à franchir la porte avant que le sol ne soit sec. Nous nous attardons sur les lits qui regorgent de poussière. Les matelas sont virés, tapés, secoués, on en prend plein la G……. Le pliage des couvertures et leur rangement au fond du lit est fait par chacun d’entre nous. Et voilà que nous avons le feu vert pour rentrer les lits. Nous terminons par un peu d’ordre à l’intérieur des placards, un coup d’éponge sur la table et il ne nous manque plus qu’à programmer l’entretien suivant. J’en profite pour mettre mon linge sale au lavage, j’en ferai ma corvée de demain. Petit à petit et surtout lorsque je ne suis pas de garde à la tour, je fais plus intimement connaissance avec les copains de la chambre. Tous sont différents.
Certains, comme Gelb
Il est au dessus sont ouverts à la discussion et se dévoilent rapidement et avec beaucoup de facilité tandis que d’autres, comme Ballandra
sont plus réservés, plus timides, moins expansifs, moins expressifs. Il faut apprendre à s’adapter à toutes ces situations et c’est ce que je vais devoir faire.
Borel Hubert,
un ancien que je viens de retrouver à Brioude grâce à Pagnier André,
et voilà le ch’ti dans toute sa splendeur qui m’a donné ses coordonnées téléphoniques. Le soir même j’entrais en contact avec lui. Il paraissait tout heureux de m’entendre et j’ai appris qu’il venait de fêter ses 71 ans. Veuf, agriculteur à la retraite, il aide encore sa fille qui a repris l’exploitation. C’était le brigadier responsable du groupe des radiophonistes. Lui aussi reflétait le calme, la sérénité, c’était un garçon pondéré et sûrement un peu timide.
Frankon, le gone de Lyon.
C’est aussi un gentil garçon toujours prêt à faire la fête. Il avait je crois, des allures de malfaiteur, de petit malfrat, genre gentil vaurien. J’exagère évidemment et j’espère qu’il ne m’en voudra pas s’il découvre cette lecture. Je n’essaye que de donner l’image qui vient à mes souvenirs.
Qu’en pensez-vous, n’ai-je pas un peu raison ? Regardez cet air gredin, chenapan. Avec lui, la chance m’a encore sourit. J’avais perdu son nom et voilà que Borel me l’a rappelé.
Rousseau,
nous le surnommions Jean-Jacques, quoi de plus normal. Il arrive parfois qu’on m’appelle Alexandre, quoi de plus normal. Pour la petite histoire, mon ami Rousseau était pour tous notre Jean-Jacques et nous ne savions l’appeler que comme cela, tant et si bien que cinquante ans après, je ne connaissais plus son vrai prénom. Pour faire des recherches, la tâche se complique. Heureusement, j’ai retrouvé Borel, encore lui, qui m’a rappelé que mon Rousseau avait pour prénom Roger.
Rousseau, encore un calme mais un faux calme. Il pouvait s’énerver facilement. Gare à celui qui le cherchait. Malgré cela, il était d’une gentillesse extrême. Très bon vivant, il est devenu très vite mon ami. Dans le civil il avait plusieurs activités sportives mais il ne pouvait évidemment pas toutes les exercer ici. Alors avec son copain fourrier, il pratiquait la boxe. Je me suis investi dans ce sport et j’ai pu apprendre en quelques mois les rudiments. Le soir, nous mettions des couvertures aux fenêtres pour ne pas être vu de l’extérieur, des matelas au sol et nous chaussions les gants que Jean-Jacques mettait à notre disposition. Combien de bons moments nous avons passés là, dans ce magasin que je maudissais presque le jour de notre arrivée. N’allez surtout pas croire que l’on pouvait se faire du mal. C’était pour nous, détente et décompression. Jamais auparavant je n’aurais pu penser que ce sport pouvait me plaire. J’ai appris à esquiver, à me protéger, à donner des coups, à boxer tout simplement. Nous avions deux à trois entraînements par semaine et nous étions toujours très motivés au moment de mettre les gants sous l’œil bienveillant de Jean-Jacques.
Bonnet Raymond de Pernes les Fontaines (Vaucluse),
Nous nous sommes revus car j’ai eu l’occasion d’aller chez lui à deux reprises mais il n’y a pas eu de suite.
Hermentier de Fabrègues (Hérault)
J’ai retrouvé sa tante et son neveu dans son village natal et j’ai appris qu’il était décédé.
Quintenas de Nice (Alpes Maritimes)
La seule photo que j’ai de lui a été prise à la caserne Lepic à Montpellier. Je n’ai jamais eu de ses nouvelles depuis notre libération. Je n’ai d’ailleurs que très peu de souvenirs de lui. Aurait-il quitter Paul Robert après mon départ vers le « Chiffre »?
Ferracci, Bonnet, Hermentier, Quintenas sont mes copains les plus anciens. Nous avons fait nos classes ensemble à Montpellier. Nous sommes les rescapés des transmissions de la caserne Lepic mais Ferracci, notre « papa » corse n’est pas encore arrivé, il est resté coincé à Marseille, nous saurons bientôt pourquoi.
Où sont les autres, dans quelle région les a-t-on dirigés ? Les reverrons-nous un jour ? J’ai retrouvé il n’y a pas très longtemps, mon ami Signoret Jean, il était graphiste. Nous sommes en photo à la caserne Lepic. Il habite Montfrin dans le département du Gard). Lorsque nous avons tous embarqués à Marseille, aucun de nous ne savait quelle serait sa destination. Nous avons été séparés à Alger et nous n’avons aucune nouvelles des copains avec lesquels nous avons passés nos quatre premiers mois d’armée.
Je pense vous avoir présenté notre chambre au grand complet. Anciens et nouveaux se confondent dans cette liste mais une camaraderie certaine s’en dégage, c’est l’évidence même. Ballandra, Bonnet, Borel, Gelb, Hermantier, Frankon, Quintenas, Rousseau sont donc devenus mes compagnons de chambre mais pas seulement.
J’ai évoqué nos petites distractions sportives mais je peux bien l’avouer, nos sorties les plus fréquentes nous conduisaient vers le foyer où nous nous retrouvions souvent devant une bière.
Les photos du foyer m’ont été transmises par mon ami Jean Mavet.
Il pose ici devant l’entrée du PC.
Une vue de l’ensemble du foyer et ici les responsables.
De G à D Jean Claude Detand, Jean Mavet, le grand avec les moustaches, nom oublié et Pierre Martre
ici de G à D Talencier, Anquez, Tissot, Martre
J’ajoute cette nouvelle photo où parmis les gars du Midi, on reconnaît Tissot Claude accroupis et à droite. Si je vous présente à nouveau ce copain c’est pour vous dire que je viens de le retrouver. Il réside dans le département du Vaucluse dans une très belle bourgade. Lorsque je lui ai téléphoné et qu’il m’a reconnu, je l’ai entendu s’exclamer :<
Quelques uns, peu nombreux faisaient du volley avec les civils du village.
Voici l’équipe au grand complet lors d’une rencontre contre les civils de Rabelais qui portent un maillot en V. Accroupis de G à D : Instituteur de Rabelais en 1959 – Saint JEVIN Alain – BITCH Raymond – DEDEBAN Jacky – Avec le béret Marrazi patron du bar à Rabelais – Abbé JOVER assassiné à Orléansville. Les autres sont des soldats du contingent.
Au moment des fêtes, Pâques, Noël, Nouvel An, nous organisions des soirées théâtrales auxquelles participaient les « filles » de Paul Robert. C’est comme cela que nous les appelions car beaucoup d’entre nous ne connaissaient pas leur nom.
Et voilà Sergent le ch’ti
Mon ami Jean-Baptiste Boutte tout de noir vétu
Il est encore là, à droite coiffé d’un bonnet blanc
Le petit homme debout, c’est moi. Je suis en compagnie d’un secrétaire du PC ou des trans, je ne me souviens plus. On le distingue mieux sur la photo de l’équipe de volley, le voici avec le ballon
si tu te reconnais…
si mes renseignements sont exacts, de G à D, les filles : BROCHE Marguerite, HERMAND Paulette, le militaire, CORTES Huguette, CORTES Yolande. Je cherche en vain le nom des soldats du contingent (que ceux qui peuvent m’aider m’écrivent) de G à D : ? – ? – Crépé - Chef du garage – Michon et Sergent.
Pour cette photo et celle de l’équipe de volley, j’ai eu la chance de faire la connaissance de Monsieur Jacques Torrès, (allez visiter son site, il est très enrichissant) http://orleansville.free.fr, qui m’a permis avec l’aide de son ami Marcel de retrouver les noms des filles de Paul Robert. De G à D : CORTES Huguette – BROCHE Marguerite – HERMAND Paulette – POISSON Annie – CORTES Yolande – GALICE Pierrette – BROCHE Monique – MARTIN Danièle. Pour les soldats du contingent, je lance un appel à vos souvenirs. De G à D : ? – ? – Michon – le gars à lunettes était aux trans – ? – Sergent – ? – Jean-Baptiste Boutte (mon frère) de Béthune dans le Pas de Calais.
Si vous lisez ces pages, si vous vous reconnaissez dans cette présentation, si vous avez été oublié, alors, prenez vite, très vite, un petit, un tout petit contact avec moi, vous me ferez le plus grand plaisir.
Hormis cela, je ne peux qu’évoquer le train train quotidien. Les permanences à la tour de jour comme de nuit, les moments de repos, de détente et aussi les corvées que l’on s’imposait.
La lessive, une fois par semaine
et la cuisine lorsque l’ordinaire ne nous convenait pas, c’était assez souvent le cas. Au menu, frites aux oeufs frais.
Je me souviens cette gentille dame, (Madame Poisson, la grand-mère d’Annie Poisson) qui habitait face ou à côté de l’entrée du PC. Elle venait souvent vers nous avec les œufs frais qu’elle venait de prendre dans sa petite basse-cour. Les pommes de terre pour faire nos frites, nous allions les acheter à l’épicerie Martin Edouard dit Loulou, où nous étions servis par la belle fille, Martin Huguette. Que de souvenirs qu’il fait bon évoquer !
Pour sortir du quotidien, il y avait aussi les départs en « opé ». Tous les phonistes participaient, le poste SCR 300 sur les épaules. Notre rôle, garder le contact avec la tour de contrôle du PC, (avec Pendart) recevoir et transmettre les messages pour l’autorité qui avait la responsabilité de la mission. C’était rarement des balades de santé. Nous partions à la nuit tombée et il nous arrivait de crapahuter durant des heures dans ce djebel si imprévisible. Je me souviens que bien souvent nous ne retrouvions notre lit qu’au petit matin. Tous les copains dormaient depuis bien longtemps lorsque je pouvais enfin me mettre à l’horizontale. Pendart est l’indicatif de la tour RADIO de Paul Robert. <
Les « opé » avec le commando c’est le cauchemar de tous. C’est toujours au dernier moment que l’on connaît l’heure de départ. Ce que nous ne savons jamais, c’est l’heure de retour, sans compter que nous pouvons passer la nuit à courir après l’ennemi et ne revenir que le lendemain si la chasse ne se passe pas dans de bonnes conditions. Je me souviens toujours des consignes que m’avait données ma fiancée avant mon départ. <
Une « opé » que j’ai en mémoire et que je ne pourrais jamais oublier. Je devais être le radio de service mais ce jour là j’étais malade et un copain phoniste a dû prendre ma place. Jusque là, rien de bien anormal mais je ne dirais pas pour autant que cela faisait partie des choses courantes. Cependant lorsque le remplacement s’imposait aucun de nous ne rechignait à la tâche.
Le matin, alors que nous dormions encore, un bruit sourd nous réveilla soudain. Au sol, notre ami venait de s’écrouler après avoir ouvert la porte avec difficulté. Il était épuisé, sans réaction. Nous l’avons allongé sur son lit et nous avons commencé à le dévêtir. Je lui ai ôté son ceinturon sur lequel était accroché son bidon. Quelle ne fut pas ma stupeur, mon étonnement en constatant qu’il était percé d’une balle. Nous l’avons fait boire et il s’est aussitôt endormi.
Personne dans la chambre n’osait dire mot. C’est sûr, nous ressentions tous la même émotion et la même haine. Je ne sais ce que pensaient mes copains à propos de ma découverte, mais je m’en voulais énormément d’avoir laissé ma place à cet ami qui aurait pu perdre la vie. Et que se serait-il passé si j’étais parti dans cette mission. Ils ne sont pas nombreux les centimètres qui séparent le bidon de la peau de celui qui le porte…..
Je n’ai pas de souvenirs, ou trop peu, sur les circonstances exactes de ce qui s’est réellement passé. Je ne me souviens que d’infimes détails qui ne peuvent rien donner de précis quant à une éventuelle description de cet événement mais ce qui est sûr, c’est qu’il s’agissait bien d’une embuscade dans laquelle était tombé le commando en mission du côté du poste Faivre. Ballandra qui avait pris ma place est le garçon timide, réservé, peu bavard dont je vous ai déjà parlé. Le lendemain, nous étions tous autour de lui pour obtenir quelques infos mais nous avons bien vite compris qu’il était encore sous le choc et nous n’avons pas cherché à approfondir davantage. D’ailleurs, nous étions comme lui, marqués par ce qui venait de se passer mais notre surprise fut encore plus grande lorsque nous avons compris que notre ami ne s’était aperçu de rien quant à son bidon percé. C’est Rousseau qui connaissait bien le fourrier qui est allé le changer et Ballandra ne l’a jamais su. Nous avons pensé que cela était préférable pour lui. Malheureusement beaucoup ne sont jamais rentrés….. (j’ouvre ici une parenthèse)
M’étant inscrit sur le site des <
Photo de Guy Loppin (ici présent) publiée avec son autorisation. Il était à Rabelais en 1957 avant de rejoindre El Marsa en 1958.
Un soir, il aperçut à la jumelle un groupe de fuyards. Sans hésiter, il se lance à leur poursuite, il n’est jamais revenu (cf explications données à l’époque, sans plus de détail). C’était le 4 avril 1959. Porté disparu, il n’a été retrouvé que 4 jours après (information donnée par le Ministère des Armées). Des individus (dixit le Commandant, chef d’Escadron du 1/18° RA) arrêtés le lendemain de l’embuscade par les militaires basés au poste d’Aïn Serdoun, ont indiqué l’endroit où se trouvait sa tombe. C’est dire, si sur le terrain notre vie ne tenait qu’à un mince fil….
Depuis ce jour, nous correspondons régulièrement avec sa fille Jacqueline et échangeons souvent des documents.
Si vous étiez à Paul Robert à cette époque, si vous avez entendu parler de cette mission, si vous avez eu des informations sur cette embuscade et la mort tragique de Paul Bognon, contactez-moi, je donnerai à sa fille les renseignements que vous me fournirez.
Malgré ces faits éprouvants, il y avait d’émouvantes retrouvailles.
Tiens, parlons de celle-ci. Savez-vous qu’il est enfin arrivé, le « papa » corse. Oui, oui, oui, ce n’est pas une blague. Il est arrivé avec un mois de retard. Mais pour lui tout était en règle. Il avait seulement était retenu à Marseille. Cherchez l’erreur!
Vous n’allez pas me dire que vous ne le reconnaissez pas mon « papa » corse. C’est lui qui était au pied de l’escalier du bureau du Commandant
Regardez comme il paraît fatigué, épuisé, atterré.
Toutes ces heures à voyager l’ont anéanti
Voilà que maintenant je comprends mieux ce retard. Comme quoi, tout s’explique. Nous, nous avons eu le bateau, le train, les camions militaires alors que notre « papa » corse n’a eu que son âne pour se rendre à Paul Robert.
Pauvre « papa ».
Allez, trêve de plaisanterie, je vous présente mon ami Ferracci Étienne. Nous étions ensemble au 9 ème RA à Montpellier. Aujourd’hui corse d’Ajaccio mais en 59 corse de Berre l’Étang dans le 13. Quand je faisais le mur à Ste Marthe pour aller voir mes parents et ma fiancée à Nîmes une dernière fois avant le départ pour l’Algérie, lui, le corse, allait voir son piston qui lui permettait de retarder son départ. Voilà, j’espère que vous avez maintenant tout compris sauf, qu’il était le « papa », notre « papa ». Ha! mais pourquoi « papa ». Si vous n’étiez pas à la caserne Lepic, vous ne pouvez pas savoir. Regardez le avec attention, découvrez-le,
vous percevrez son air sérieux, raisonnable, calme, posé, on aurait pu aussi l’appeler « le sage » mais nous avons préféré « papa ». Toutes les qualités qu’il dégageait lui valurent très vite la confiance des gradés qui le nommèrent rapidement brigadier responsable des graphistes.
Il avait et il a toujours d’ailleurs, 5 ans de plus que nous. Il était beaucoup plus mature, cela se voyait au premier coup d’œil. Marié et papa d’un petit garçon, il endossait une responsabilité. Qui pourrait alors lui en vouloir d’avoir fait du « rabe » à Marseille via Berre l’Étang. D’ailleurs, contrairement à la réputation qui est faite aux corses, Étienne donnait toujours l’exemple quant au travail que nous devions accomplir.
C’était pour nous tous, le bon père de famille, l’homme à qui on pouvait se confier, celui à qui on pouvait tout dire, celui qui savait nous écouter. C’était l’exemple à suivre. Mais à côté de tout cela, il pouvait aussi être le bon vivant qui savait mettre l’ambiance.
Regardez comme il exprime sa joie malgré les difficultés qu’il a à vivre loin des siens. Aidez-moi à retrouver leur noms. De G à D : ?, ?, Étienne, Borel on voit à peine sa tête, Raynaud, ?, Tissot avec les lunettes.
Ici, De G à D : Delgehière, Moi, Etienne, Bonnet, Manson;
Là, en tenue de sortie avec ses copains. De G à D : Étienne, Moi et au dessus ? et Le Clanche Joseph;
Les trans dans la cour du PC. De G à D : Gévaert, Bonnet, ?, Delgehière, Étienne – Assis : Gatty – Accroupis : Moi et ?
Regardez l’air coquin d’Etienne, à gauche Gelb, Moi, Etienne, au dessus Régnier.
Ici, nous sommes devant l’entrée du PC. De G à D : Borel responsable des phonistes, ? le secrétaire des trans ou du PC, n’en voulait surtout pas à ma mémoire, Moi et Etienne responsable des graphistes.
N’est-ce pas là une belle présentation de mon ami ?
J’ai gardé le meilleur pour la fin. S’il est vrai qu’il est arrivé à Paul Robert un mois après nous, il n’en est pas moins vrai qu’il est aussi parti avant nous. Sa situation familiale lui valait bien cette petite faveur. Il était marié et il avait eu son premier enfant alors qu’il était à Paul Robert.
Cet ami que je viens de vous présenter, ô surprise, je viens de le retrouver 50 ans après. Quelle joie. Je le recherchais depuis longtemps mais je ne pouvais pas obtenir de renseignements par l’annuaire électronique et pour cause, je le croyais à Berre ou dans les environs, il était en Corse.
Lorsque j’ai tapé Ferracci Étienne dans ce département, deux noms similaires sont apparus. Le premier à Corté. J’ai appelé et c’est un homme de 94 ans qui m’a répondu. Évidemment, je ne le savais pas mais j’ai tout compris quand il m’a dit qu’il avait « fait » l’Algérie en 1940. Pour lui être agréable car je savais qu’il avait envie de parler de sa carrière militaire, je l’ai écouté quelques minutes et puis très vite j’ai téléphoné au deuxième Ferracci Étienne. Mon cœur battait la chamade. J’entendais la sonnerie. Est-ce que quelqu’un allait décrocher. Et qui. J’avais préparé mon discours pour lui mais si une autre personne prenait l’appareil….là…. j’allais être pris au dépourvu.
Ouf ! je comprends que l’on décroche.
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Là, j’ai compris que quelque chose allait se passer. J’avais l’impression qu’à l’autre bout du fil, l’homme que j’entendais, commençait à comprendre qu’il s’agissait de lui, il était à l’affût et attendait mes questions.
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Le plaisir que nous éprouvons tous les deux est intense, inimaginable. Et nous y allons de nos souvenirs. Tu te souviens de ça….. tu te rappelles ça…… et un tel……et un tel…… Mais que deviens-tu ? Que fais-tu en Corse, je te cherche à Berre et autour de Marseille.
Et nous entrons tous deux dans des explications qui n’en finissent pas mais quel bonheur ces retrouvailles, nous ne voyons plus passer le temps. Il m’apprend qu’il a perdu sa femme, qu’il vit seul et que tout près de chez lui, réside sa fille, deuxième naissance chez les Ferracci. Le bébé qu’il allait retrouver à Berre l’Étang dans le ventre de sa maman est né le 15 décembre 1959. Que de souvenirs! Et maintenant j’ai mon hôtel couvert d’une multitude d’étoiles à Ajaccio.
Il était tellement heureux qu’il est allé tout raconter à sa fille qui m’a téléphoné. Vous ne vous rendez sans doute pas compte de l’ampleur de la chose. J’ai eu la fille de « papa » au téléphone. Comme elle est gentille, comme elle parle bien de son papa. J’entendais à proximité une petite voix, c’était celle de la petite fille de « papa ». Elle est devenue notre informaticienne. C’est notre vaguemestre du 21 ème siècle. Je suis vraiment rentré dans la famille. Ils m’ont ouvert toutes les portes. C’est ça, l’âme Corse. Nous avons échangé des photos de Paul Robert et nous nous sommes encore téléphonés. C’est sûr que nous n’allons pas couper ce lien si précieux.
Je sors de mes pensées pour retrouver la réalité. Je reviens à Paul Robert. Je viens d’apprendre que je pars demain matin très tôt à Orléansville. Je suis le radio de service. Le Commandant participe au convoi, je prends place dans sa Jeep derrière lui avec mon poste que j’ai réglé la veille pour ne pas être en retard. Nous sommes en deuxième position, juste derrière la voiture de déminage. Ces convois sont beaucoup plus cool. Il y a moins de stress, moins de tension mais le risque subsiste et nous devons toujours nous méfier de tout mais Orléansville a pour nous une odeur de « perme ». Ici, c’est la grande ville avec ses rues, ses avenues, ses boulevards, ses grands magasins, ses cinémas, ses restaurants, ses bars, ses brasseries avec ses grandes terrasses, je navigue dans un autre monde. Vous rendez-vous compte que nous ne sommes qu’à 60 kilomètres de notre petit coin perdu et c’est déjà le paradis.
Le pont du Chéliff
Vue générale
Une avenue
Surplomb de la voie férrée
Les services administratifs
Hôtel des finances
Ponts et Chaussées
Hôtel Baudoin
Groupe scolaire
L’église
L’église après le séïsme
Synagogue
Intérieur du Bain Maure
Monument Paul Robert
La Banque d’Algérie.
Vous trouverez toutes ces photos et bien d’autres encore sur mon album photos des villes et villages.
J‘ai l’impression qu’il y a des années que je n’avais vu tout cela. Je n’ai pas assez de mes deux yeux pour tout voir. Je ne peux pas imaginer qu’ici il y a du danger, qu’ici c’est aussi la guerre. À Orléansville tout bouge, la vie existe sans aucune appréhension.
Les gens ici ne peuvent pas savoir ce qu’est la vie à Paul Robert.
J’ai tellement apprécié ce dépaysement que je me suis porté volontaire à plusieurs reprises. Un jour, j’ai appris que l’on pouvait obtenir tous les permis de conduire pour pas cher. Je me suis inscrit et une fois par semaine j’allais prendre des leçons pour acquérir les permis, moto 125, 250, 500, 1000 et plus, poids lourd, super lourd, remorque, semi-remorque et transport en commun. Nous prenions nos leçons sur la place de la gare et le jour de l’examen il fallait faire le tour du haricot.
Le forfait pour l’ensemble faisait penser à une bonne affaire. J’ai tout réussi au premier coup. Il est vrai que rien n’était difficile mais il est vrai aussi que l’inspecteur nous pistonnait un peu. À mon retour en France, je suis allé à la Préfecture de mon département pour demander la régularisation. J’évoquais il y a quelques instants, le déminage en tête du convoi. Je me souviens d’un jour où la Jeep qui était devant nous s’est soulevée dans un fracas énorme ce qui a valu au conducteur d’être éjecté hors du véhicule. C’est l’Aspirant qui se trouvait à ses côtés qui a eu le bon réflexe. Il a pris le volant et a redressé les roues de la voiture évitant ainsi qu’elle ne parte dans le ravin. Le conducteur s’est relevé sans aucune égratignure. Heureusement, plus de peur que de mal. Au passage de la Jeep, la roue avant gauche avait déclenché une mine que la poêle à frire n’avait pas détecté. On a dû remorquer la Jeep accidentée et ainsi nous avons poursuivi notre route avec un retard tout de même consistant. A Orléansville, nous avons tapé à la porte du garage des « Trains » qui a effectué la réparation pour le retour. Ce jour là, nous sommes arrivés à Paul Robert en fin d’après midi.
Permettez-moi de revenir quelques instants sur les convois d’Orléansville. J’ai eu la chance de découvrir par l’intermédiaire des « Copains d’Avant », Claude Barthet.
Permettez-moi de revenir quelques instants sur les convois d’Orléansville. J’ai eu la chance de découvrir par l’intermédiaire des « Copains d’Avant », Claude Barthet.
Regardez comme il est beau.
Ici, il pose avec les habitants de la mechta qui l’ont invité à prendre le thé.
Il est plus jeune que moi mais malgré cette différence d’âge nous avons été au 18ème RA ensemble même si ça n’a été que très peu de temps. Ensemble oui, mais séparément quand même. J’étais vous le savez au « chiffre » à Paul Robert, lui était à Bel Abès au poste 725.
Il parle plus loin de la chance que nous avons d’être à Paul Robert. A la vue de ce poste dans cette région désertique, je pense qu’il a raison, je ne changerais pas volontairement d’affectation.
Quand j’évoque nos allées et venues à Orléansville, mon ami Claude, qui va souvent consulter mon blog pour lire mes derniers commentaires, me téléphone ou m’envoie un mail. Pour lui qui était au 725, notre chance était grande. Pouvoir aller à Orléansville, évoquer ces petites satisfactions, replonger de temps en temps dans cette vie civile…. Je comprends très bien le message qu’il veut me faire entendre mais je fais celui qui ne sait pas. Alors, il se lance dans une petite explication. Nous, à Bel Abès, au poste 725, pour venir, ne serait-ce qu’à Paul Robert, nous devons déjà prévoir deux heures de marche et qui plus est sous bonne escorte.
Le voilà avec ses copains de Bel Abès avant un départ en opé. Si vous vous reconnaissez, laissez votre message que je le lui transmettrais. Il est vrai que nous n’étions pas tous logés à la même enseigne.
Nos contacts souvent répétés nous conduisent à évoquer les souvenirs de notre séjour en Algérie, cela va de soit, vous en conviendrez. Et c’est ainsi que lors d’un échange, Claude me parle du couteau algérien, « le Douk Douk »
le Douk Douk que j’avais complètement oublié. Alors, nanti de cette nouvelle information, je me suis mis en quête de renseignements sur le petit objet retrouvé cinquante ans après. C’est ainsi que j’ai découvert qu’une Célèbre Coutellerie Artisanale Française fabriquait ce couteau depuis 1929. Le coutelier imagina un couteau fermant à manche plat en acier plié doté d’un ressort et d’une lame forgée dans les meilleurs aciers de l’époque pour procurer à la lame du couteau un tranchant incomparable. Une fois le couteau réalisé, il choisit de l’exporter vers la Malaisie, pays dénué alors de toute concurrence commerciale. Pour baptiser son couteau et se donner davantage de chance de le vendre sur place, notre coutelier fut attiré par un personnage, appelé Douk Douk, qu’il découvrit sur place sur une couverture de magasine et dont la silhouette singulière en forme de sorcière l’enthousiasma aussitôt.
Ce couteau fut immédiatement baptisé Douk Douk, l’image de
la Sorcière « frappée » sur les manches de couteau.
Le Douk Douk Sorcière
Et c’est ainsi que naquit le couteau qui porte encore aujourd’hui le nom de Douk Douk Sorcière.
En 1930, le modèle du Douk Douk fut breveté et la fabrication industrielle du couteau débuta. Sa commercialisation en Malaisie fut un échec total…. Les raisons peuvent-être multiples (culturelles, économiques) mais le coutelier ne savait surtout pas que le « Sorcier » Douk Douk était craint dans les contrées lointaines où il incarnait le châtiment; une raison vraisemblablement suffisante pour vouer à l’échec le couteau Douk Douk sur l’Océanie. Toutefois, le coutelier, loin d’être découragé par ce travers, tente sa chance vers une nouvelle destination pour son couteau : l’Algérie. Le succès est alors immédiat et dépasse l’entendement !!
La diffusion du couteau est alors décidée vers le Proche Orient, l’Afrique Noire et l’Asie du Sud Est où le Douk Douk rencontre le même engouement.
La coutellerie personnalise alors ses modèles (nom et décor du manche) : entre autres modèles, le Tiki
et l’El Baraka
voient le jour, l’Ecureuil
arrivant quelques années plus tard.
Les qualités du couteau Douk Douk lui permettent de percer en France, en Europe et dans le monde entier. Avouez qu’il eut été dommage que Claude ne me rappelle cet épisode du couteau Douk Douk.
Nos missions ravitaillement nous conduisaient vers les Batteries qui dépendaient bien évidemment du PC de Paul Robert. Je ne me souviens plus du Nom de ce gars du midi, probablement parce que je m’étais imprégné de son nom de code, qui m’appelait à la Tour du PC pour lancer une commande de canettes de bières. Il était à Fourmeaux, on ne se connaissait pas, nous avions le même accent, est-ce pour cela qu’il préférait s’adresser à moi, je ne saurais probablement jamais. Il me disait toujours <
Lorsque je sortais de mes heures de permanence, je fonçais au foyer et je confiais la commande de mon ami au responsable. Quand je reprenais la permanence à la Tour, je trouvais toujours un petit mot de remerciements de ce copain inconnu. Ami, si tu te souviens, j’étais Delta Mike Sierra.
Tiens, je vais profiter de ces ravitaillements pour vous présenter nos batteries.
Voici l’original de la carte du Dahra et d’El Marsa
Ici Fourmeaux
la deuxième batterie
Puis, le poste Faivre
Le Guelta en bord de mer
Vue du Guelta. Photo prise de Soufi
El Marsa.
J’ai conservé d’El Marsa un bien mauvais souvenir. Et pourtant, c’était un bien joli petit coin de paradis. D’ailleurs, nous apprenons que ces plages sont les lieux favoris et privilégiés des gens de la grande ville.
Une vue générale d’El Marsa
Le port hier
Le port en 2005. A l’horizon l’ïlot Colombie
Le phare
Ilot Colombie
Le rocher vue depuis la roulotte
Lors d’un ravitaillement, que nous avions dû faire plus rapidement qu’à l’habitude, nous avons eu l’agréable surprise d’être invité par notre Adjudant, responsable du convoi, à aller à la mer prendre une heure de détente.
Peu après, alors que je m’habillais, je me suis aperçu que je n’avais plus ma chevalière sur l’annulaire. J’ai failli pleurer tellement j’avais du chagrin. Cette bague m’avait été offerte par mamé Léa avant mon départ pour l’Algérie. Elle y avait fait graver mes initiales et tous les matins à mon réveil je lui faisais un petit bisou. J’avais toujours une pensée pour ma mamé. Cette bague était super belle et j’y tenais beaucoup. Je me demandais déjà ce que j’allais pouvoir dire à ma grand-mère. Je savais que je la rendrais triste, ça me déplaisait, ça me rebutait énormément. J’étais indigné à la pensée que je pouvais faire du mal à cette mamé si gentille que j’aimais tant. Cette chevalière on peut l’apercevoir à mon doigt sur la photo où je participe à une pièce de théâtre.
Zoomez, c’est indispensable.
El Marsa, c’est aussi un bon souvenir très récent et ô combien agréable à raconter. Mon inscription aux « Copains d’Avant » m’a permis de retrouver bon nombre d’amis du 18°RA et parmi eux, un tout nouveau, Victor Nicolino, le niçois. Il était basé à El Marsa, de février 60 jusqu’au mois d’octobre 61. Peut-être nous sommes nous vus, connus sans le savoir. Puis le 22°RI a pris possession de Pointe Rouge, du Phare de Colombie,
Le rocher et le Phare de Colombie (photos de André Pagnier et Victor Nicolino) du Poste Faivre et El Marsa. Victor s’est retrouvé muté au Guelta. Depuis notre nouvelle rencontre sur les « Copains d’Avant » nous correspondons régulièrement et échangeons des informations dès que nous en obtenons. Encore une nouvelle fraîche, Victor vient de m’apprendre qu’il était à El Marsa et au Guelta avec Wallemme Daniel, un ch’ti. Tous les amateurs de football, connaissent ce nom célèbre cela ne fait aucun doute. Wallemme Daniel est l’heureux papa de Jean-Guy, l’entraineur de l’équipe de football Ligue 2 de Lens. Pour la petite histoire, la saison prochaine, Lens sera en Ligue 1 et aura la place qui est la sienne.
Vous avez remarqué comme les événements peuvent très vite changer. Le ravitaillement, la plage, la douce oisiveté du farniente, la noyade, la déception, la joie, les souvenirs, les retrouvailles, les copains et enfin, allez donc savoir pourquoi, le foot, c’est « ti » pas beau tout ça !!!
Ces photos viennent du Guelta. Elles sont de mon ami Victor que je remercie infiniment (sans lui, sans vous, ce blog ne serait pas ce qu’il est)
et voici Victor
ici, Victor et ses chiens
Cette villa abandonnée est occupée par les militaires de la 2ème batterie.
Une autre résidence abandonnée.
Au premier plan une maison abandonnée, en arrière plan, la gendarmerie
Le bistrot, encore occupé par les propriétaires. Mon ami Victor et ces copains venaient y boire l’anisette.
Daniel Wallemme à gauche et Victor. Les moments de détente à la plage
Les amis de Victor. De G à D : Aubert – X – Cerf – Clochefer – Paccard. Debout : X – Wallemme.
De G à D : Aubert – Wallemme – Victor – Paccard. Accroupi : Bessière.
J’ai retrouvé des photos d’époque du Guelta, je suis heureux de vous les faire partager.
Une vue générale du Guelta
Une autre vue du Guelta
La maison de l’administrateur dans les années 50.
La brasserie
Il m’est arrivé à plusieurs reprises, d’accompagner des convois à Oued Fodda, lieux où est situé le grand barrage alimenté par, je crois, le lac Lamartine si ma mémoire est encore fiable. Je suis toujours resté en contemplation devant cet ouvrage. Je n’en connais pas la vraie raison mais je pense aujourd’hui que c’est ici que j’ai vu un barrage pour la première fois. Et puis, est-ce anormal d’être contemplatif et d’avoir en l’instant une pensée pour ce grand poète. Je me suis surpris à réciter tout bas ce que j’avais appris quelques années auparavant.
Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages, dans la nuit éternelle emportés sans retour, ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges jeter l’ancre un seul jour.
Ô lac ! l’année à peine a fini sa carrière, et près des flots chéris qu’elle devait revoir, regarde ! je viens m’asseoir sur cette pierre où tu la vis s’asseoir !
Je n’en suis pas certain mais je pense qu’une petite révision me suffirait pour aller jusqu’au bout. Je vous invite à voir les photos d’Oued Fodda, du barrage, dans mon album photos.
Ce blog évoque le passé, mon passé et parfois celui des copains et amis que j’ai côtoyés au 18°RA mais aussi les souvenirs des anciens de ce même régiment que je viens de retrouver.
Parmi eux, celui que je recherche (je veux parler de sa famille) depuis des années, mon ami Le Clanche Joseph. Pour la circonstance, permettez-moi de relater, une fois n’est pas coutume, le présent.
Aujourd’hui 16 mars 2009 est un très grand jour pour moi. Je viens enfin de voir aboutir mes recherches. Tout commence vraiment au Centre d’Information et de Recrutement des Forces Armées (CIRFA) à Rennes qui me dirige vers le Bureau du Service National qui m’apprend ne pas pouvoir faire de recherches au delà de 50 ans.
Mais, mais, mais, ne baissons pas les bras. Je téléphone alors au Bureau Central des Archives qui se trouve à Pau. Est-ce la coïncidence ou pas….
Le saura-t-on jamais…. toujours est-il qu’en matière de pot, ce jour là je fus extrêmement gâté. Le peu de renseignements que je possédais, pouvait stopper immédiatement un simple début de recherches. Mais il était dit que ce jour là, la chance aller enfin m’ouvrir grand les bras. La charmante personne que j’avais à l’autre bout du fil a fait l’impossible pour me venir en aide.
A 9 heures, au téléphone, cette dame de Pau me permet de d’obtenir enfin tous les renseignements que je cherche depuis si longtemps sur mon ami Le Clanche.
Je sais maintenant qu’il résidait à Kerguinouret sur la commune de Crach dans le Morbihan. Je retrouve son prénom, Joseph. C’est à partir de ces derniers renseignements que j’ai pu compléter la page que je dédie à mon ami Jo. Il ne me manque qu’à rechercher sa famille ou ses amis. L’annuaire électronique me permet de trouver un « Le Clanche », un seul, une seule devrais-je dire car il s’agit d’une dame. Je téléphone en fin d’après midi, et …… vous n’allez pas me croire…… j’ai la surprise, l’immense joie et le grand bonheur d’entendre la belle-sœur de mon ami Joseph. Nous discutons longuement, je suis avide de questions, je l’interroge sans arrêt et gentiment elle s’efforce de me répondre et de me présenter toute la famille. Avant que l’on ne se sépare, elle me confie le numéro de téléphone d’une des sœurs aînées de Joseph que j’appelle sans plus attendre. Et je vais de surprises en surprises, plus j’avance, plus mon carnet s’emplie d’informations. Là, j’apprends que Jo était ostréiculteur à La Trinité sur Mer et qu’il est décédé d’une hydrocution le 3 septembre 1962 à l’âge de 24 ans. Sa femme, Yvette, était enceinte de 3 mois. Voilà, c’est peu me direz-vous mais pour moi, c’est un bonheur immense, une joie indescriptible. J’espère avancer encore et vous promets une suite (toujours au présent) dès que j’aurais d’autres renseignements. Il ne me reste plus maintenant, qu’à digérer toutes ces nouvelles découvertes….. C’est quand même beau tout ce que je suis en train de vivre, vous ne pensez pas ?
Tout à coup me vient à l’esprit une chanson de Gilbert Bécaud que mon père voulait que je chante à chaque réunion de famille. Comme lui, j’ai fini par aimer les paroles et aujourd’hui, je voudrais que mon ami Jo m’entende alors que je suis en train de les fredonner. Je t’offre ce qui me reste de souvenirs mais peut-être ne sont-ils pas tous exacts, c’est tellement loin…
<
<<.....Ô mon vieux camarade, mon copain, mon ami, parmi les terres froides, je te parle la nuit. Et ton pesant silence est un mal si cruel, que j'entends ta présence parfois au fond du ciel.>>
Quelle émotion, quel trouble pesant autour de ces paroles qui portent ce message que je voudrais tant, mon ami Jo, que tu puisses entendre. Rejoignons la terre, qui en ce moment est moins triste qu’elle ne l’a été…. Aux alentours de minuit, je découvre un mail qui m’indique que mon blog vient d’être lu. Il s’agit d’Isabelle, la belle-sœur de Joseph, mon premier contact. Elle est super contente et me laisse un commentaire élogieux en me confiant qu’il lui tarde de le montrer à son mari, le frère de Joseph. Dans son message, elle m’invite à aller dans le Morbihan leur dire bonjour. Ils sont tous tellement gentils.
Nous sommes le 17 mars et j’ai l’immense joie de recevoir un appel téléphonique de Crach. C’est Thérèse, une sœur de Jo, mon deuxième contact. Elle a réuni chez elle une partie de la famille Le Clanche pour leur faire partager sa joie. J’appréhende très vite son intention de me présenter les parents de Joseph. Je ressens le trouble dans la famille, mais comme je les comprends, je suis moi même dans une telle émotion qu’il m’arrive de ne plus trouver mes mots. Je leur propose des photos de Joseph, rien ne pouvait leur faire plus plaisir. Je vais en profiter pour leur envoyer aussi quelques clichés de ma petite famille afin qu’ils nous connaissent mieux. Thérèse m’invite à aller les voir, tellement ils ont envie que nous fassions connaissance. En quelques heures, je découvre à deux reprises, l’accueil des Cracois, comme il est chaleureux.
Je sors de mes pensées pour retrouver la réalité. Je reviens à Paul Robert. Les circonstances ont fait que je vous ai déjà présenté El Marsa et Le Guelta mais je tiens à vous faire partager quelques vues de ce minuscule village. La rue principale
La photo date de 1942 qui traverse le bourg longe le mur de notre petit hôtel quatre étoiles. A quelques mètres de là, se trouve le petit bar. De ce lieu, je n’ai retenu que le nom du patron, Monsieur Martin Loulou et le nom du barman, Ali. (Je viens d’apprendre qu’il réside toujours à Paul Robert et qu’il a 80 ans) Il faut dire que je ne suis pas, mais pas du tout, un homme de bistrot. J’avoue que je n’allais pas très souvent en ce lieu plein d’odeurs que je ne supporte pas. Je préférais me rendre au foyer avec les copains pour déguster une petite bière.
Une autre vue de Paul Robert datant de 1942
Ces deux photos sont encore plus vieilles, elles datent de 1912 et elles montrent les entrées nord et sud du village
Encore une vue du village en 1912
Une rue perpendiculaire à la rue principale plus récente1960
La rue qui conduit à l’église.
J’ai le souvenir de ces petites filles
portant un fardeau. Je les croisais souvent dans la rue et ce spectacle était pour moi tellement désolant que j’avais du mal à le supporter. A ma connaissance, on parle de fardeau lorsqu’on évoque les années, ici, il s’agit du poids du fagot de bois que portaient ses très jeunes fillettes A la fontaine
le décor qui s’offrait à nous n’était pas plus rassurant que le précédent.
Je vous ai déjà présenté la cave coopérative et la poste, voici les écoles
C’était hier en 1942
Et aujourd’hui en 1959
ici, ce bâtiment tout en longueur renferme le standard et l’atelier qui sert aux divers dépannages des appareils des transmissions et appareils téléphoniques, il est situé en bordure de route, face à la boulangerie, à côté du monument aux morts.
Là, le CFJA, le Centre de Formation des Jeunes d’Algérie on le trouve à la sortie du village.
Voici l’information à propos de ces Centres.
A la fin de l’année 1958, le général SALAN décide de créer les structures permettant d’utiliser au mieux les moniteurs, et d’encadrer le maximum de jeunes. L’Arrêté du 1er décembre en définit les buts: « améliorer par une action de masse la situation matérielle et morale de la jeunesse non scolarisée ». Le SFJA ainsi créé animera trois structures:
- les Centres de formation de la jeunesse d’Algérie (CFJA), internats de 20 à 40 élèves, dispensant pendant un an éducation générale et préformation professionnelle.
- les Foyers de jeunes, externats mixtes d’une centaine d’élèves. Supportés par les SAS, ils dispensent pendant deux ans la même formation que les CFJA,
- les Foyers sportifs, chargés de l’initiation sportive sous la direction des SAS ou des unités de sous-quartiers.
L’HISTOIRE DES S.A.S – SECTIONS ADMINISTRATIVES SPECIALISEES est un peu différente.
LEUR FONDATION DATE DE 1955 Cet été là, le Gouverneur Général Jacques Soustelle, avec le Général Parlange, figure légendaire des Affaires Indigènes du Maroc, décide de renforcer l’administration des Communes Mixtes et crée dans le bled des Sections Administratives Spécialisées dépendant d’une administration des Affaires Algériennes installée à Alger. Il demande aux Forces Armées, principalement à l’Armée de Terre, de détacher des officiers et des sous-officiers en position » Hors Cadres » au service des Affaires Algériennes. Des anciens officiers des Affaires Indigènes du Maroc encadrent les premières S.A.S. et sont intégrés dans la hiérarchie des Affaires Algériennes au niveau des Sous-Préfectures et Préfectures . L’effort porte d’abord sur le Constantinois et une partie de l’Algérois ( Grande Kabylie ) et s’étend par la suite à l’ensemble de l’Algérie puis aux villes ( Sections Administratives Urbaines). A leur maximum, les Affaires Algériennes comprendront 700 S.A.S., des échelons de liaison au niveau des Sous-Préfectures et Préfectures et une administration centrale à Alger. Au total, de 1955 à 1960, 4 000 officiers d’active et appelés serviront dans les S.A.S.
Le dimanche matin c’était jour de marché (pardon, le souk) à Paul Robert. Nous y allions par curiosité espérant toujours trouver la perle rare et faire la bonne affaire mais pour tout vous dire, c’était vraiment le souk.
Une vue d’ensemble du souk, photo de Robert Sigaud fils de Monsieur Sigaud le garde champêtre de Paul Robert.
A droite on peut voir la fontaine
que j’évoque ci-dessus
Une très ancienne vue du souk
Ici, je marchande pour trouver la bonne affaire
Mon ami Etienne ne se déplaçait jamais au souk sans son âne.
Les jours passent à Paul Robert sans trop d’embûches mais la méfiance règne journellement. À Paul Robert, les postes de garde étaient positionnés dans tout le village et même dans les parties environnantes. L’ensemble avait été fortifié et nous garantissions les protections et les défenses la nuit dans des miradors installés tout autour de ce petit bourg.
La fin de l’année 59 va très bientôt se terminer et je vais devoir passer par une année 60 pleine et entière en Algérie. Il est vrai qu’à Paul Robert je ne suis qu’un « bleu » qui vient de poser ses valises.
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Je vous remercie infiniment
pour votre visite et je vous informe
que par manque de place j’ai été dans l’obligation
d’ouvrir un deuxième blog.
Pour y accéder et lire la suite
de mon épopée en Algérie,
vous devez cliquer sur le lien qui se trouve à droite.
Il est intitulé
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La plage et l’ilot, souvenirs, souvenirs 





